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Entretien avec Serge Bilé, écrivain, compositeur et auteur de la comédie musicale Houphouët

par AEROMAG

« Houphouët », est une comédie musicale qui se déroulera sur deux jours les 07 et 08 juin 2024 au palais de la Culture de Treichville en Côte d’Ivoire. Écrite par Serge Bilé, journaliste, écrivain, auteur et compositeur, cette comédie musicale retrace le parcours et l’œuvre du premier président de la Côte d’Ivoire.

Pourquoi vouloir rendre hommage au président Houphouët alors que vous avez été emprisonné sous son administration ?

Je ne mélange jamais mon expérience personnelle de la vie avec mon travail, que ce soit dans le domaine du journalisme, de la littérature, ou, comme ici, du spectacle vivant. Mon travail consiste à rendre compte des faits et des personnages, qui font l’actualité ou qui ont fait l’histoire. Ça exige d’avoir du recul et du détachement. Pas question donc de céder à l’émotion ou au ressentiment. Félix Houphouët-Boigny a marqué l’histoire de la Côte d’Ivoire, avec ses ombres et ses lumières. A ce titre, il mérite qu’on se penche sur son parcours et son œuvre, avec honnêteté. C’est ce que je me suis efforcé de faire, en toute liberté, dans mon livre « Mes années Houphouët », que je lui ai consacré. C’est la même démarche qui m’anime, avec cette comédie musicale.   

La comédie musicale Houphouët est-elle une œuvre sur le parcours politique de l’homme ou les spectateurs auront-ils la chance de découvrir d’autres aspects de la vie du Premier président de la Côte d’Ivoire ?

Il faudrait plus qu’un spectacle de deux heures pour raconter l’œuvre et le parcours politique de Félix Houphouët-Boigny. Entre son premier job comme médecin, son activité de planteur rebelle, sa mission de parlementaire qui fait adopter la loi abolissant le travail forcé, ses portefeuilles ministériels sous la colonisation dans différents gouvernements français, son rôle au moment des indépendances, sa politique intérieure et extérieure controversée, son action de grand bâtisseur, et, in fine, sa longévité politique à la tête de la Côte d’Ivoire, il y aurait énormément de choses à dire. J’ai préféré me cantonner à la période historique qui va de 1946 à 1960, pour deux raisons. D’abord, parce que c’est le moment de la vie de Félix Houphouët-Boigny, qui m’intéresse le plus : il se bat, il ruse, il compose, dans un contexte de sujétion. Ensuite parce que c’est la partie qui s’adapte le mieux en comédie musicale, avec deux ingrédients majeurs : l’amour et la rivalité. L’amour, c’est l’idylle entre Houphouët et Thérèse Brou. La rivalité, c’est l’opposition entre Houphouët et Etienne Djaument, qui a les faveurs du gouverneur.


Quels sont les artistes qui joueront dans cette comédie musicale ?

Il y a le chanteur O’nelMala, qui incarne Félix Houphouët-Boigny. Il est considéré comme l’une des plus belles voix de la musique gospel en Afrique. Le rôle de Thérèse Brou est tenu par Paule Marie Assandre :  elle chante, elle danse, elle réalise aussi les costumes du spectacle. Aux côtés du couple que forme ce duo inédit, on retrouve trois artistes qui campent d’autres figures de l’époque coloniale : Patrick Ko’ joue Jean-Baptiste Mockey, l’autre héros de l’indépendance ; JahelleBonee devient Anne-Marie Raggi, l’égérie de la marche des femmes sur la prison de Grand-Bassam ; Emmanuel Etser personnifie le fameux Etienne Djaument ; AimmanRaad représente les différents gouverneurs français qui ont régné sur la colonie. J’ai également créé un personnage fictif, endossé par Prissk. Elle prend les traits de Mamie Affoué, la protectrice de Houphouët, c’est elle qui l’initie aux fétiches. Enfin, il y a sur scène un Tam-Tam parleur, incarné par le percussionniste Aristide BeugréGrah.

La comédie musicale n’est pas une forme de spectacle très courante en Côte d’Ivoire. Ne craignez-vous pas un manque d’intérêt du public ?

Un manque d’intérêt ? Certainement pas. Le succès à Abidjan des comédies musicales, venues d’ailleurs, comme La Reine des Neiges, prouve bien que le public ivoirien est ouvert à toutes formes de spectacles. C’est valable pour les jeunes, c’est valable également pour les adultes. La seule différence, c’est que la comédie musicale Houphouët est faite par des Ivoiriens pour des Ivoiriens, autour de l’histoire de leur pays. S’ils sont capables de s’intéresser aux réalités lointaines des autres, ce serait étonnant qu’ils ne se passionnent pas pour leur propre roman national.


Propos recueillis par Léon Anjorin Koboudé

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